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Green Premium ou Prime verte, une solution philanthropique pour l’environnement

Les activités humaines se sont accentuées avec diverses conséquences sur l’environnement. Les trajectoires d’émission de gaz à effet de serre actuelles des entreprises mais aussi des individus ne cessent d’accroitre. Au Québec, les émissions de 2019 s’élèvent à 84,3 millions de tonnes de GES[1]. Ce qui représente une augmentation de 1,5% comparé à 2018 et de 4,2% depuis 2016 (Gouvernement du Québec, 2019). De nombreux efforts sont réalisés par les pays pour réduire ce taux mais on est encore très loin du seuil de 1,5°C prévu par l’Accord de Paris et recommandé dans les rapports du JIEC.

Au regard de ces faits, la prime verte ou green premium qui émerge, peut se prévaloir comme un don pour réduire les émissions de carbone.

Le Green Premium, c’est quoi?

Le concept de « Green Premium » a été inventé par le philanthrope et homme d’affaire Bill Gates dans sa conquête de trouver une solution à l’élimination des gaz à effet de serre. En cherchant à répondre à la question ‘quelle est la différence de coût entre un produit qui émet du carbone et une alternative qui n’en émet pas ?’, il propose la prime verte comme option palliative à la crise environnementale. Le Breakthrough Energy[2] la définit comme étant : « la prime verte est le surcoût lié au choix d’une technologie propre plutôt qu’une technologie émettant une plus grande quantité de gaz à effet de serre. »

Ce qui fait la pertinence de cette innovation, ce sont les prédictions en ce qui concerne les domaines viables où l’on peut trouver des solutions adaptables plus rapidement ainsi que les secteurs d’activités qui devraient recevoir le plus d’attention en tenant compte du pourcentage de la prime.

[3]Crédit: Fortune Magazine

Un coût supplémentaire pour réduire l’impact environnemental

Les secteurs de l’économie où les combustibles fossiles sont impliqués, y compris la production d’électricité, la fabrication, l’agriculture, le transport, le chauffage et le refroidissement produisent en grande quantité les émissions de CO2. Même avec les découvertes et l’utilisation par exemple des carburants alternatifs, les véhicules électriques, les carburants à faible émission de carbone et les emballages durables, la problématique principale malgré ces nombreuses solutions restent le coût.

Le coût, c’est ce qui crée la résistance au changement dans les industries mais aussi chez les consommateurs. De ce fait, les green premium viennent ici, permettre de « lancer de nouvelles technologies ou solutions qui sont nécessairement plus chères parce que nous n’avons pas d’économies d’échelle de notre côté » selon Tyler Cole[4], le directeur de l’intelligence carbone chez FreightWaves.

De surcroit, la prime verte[5] participe à inciter le marché pour faire face aux changements climatiques actuels à travers la réflexion d’option technologique innovante pouvant réduire les consommations d’énergie fossile.

Source : https://www.youtube.com/watch?v=cpwTg-X64W0

Des avantages de la Prime verte

Dans des secteurs comme la construction, la prime verte a déjà commencé par être appliqué. Une récente étude réalisée au Royaume Uni et aux États-Unis a permis de mettre en avant la prime verte comme un moteur potentiel d’investissement dans les bâtiments labellisés (Oyedokun.,2017)[6].

Une analyse de la comparaison réalisée entre les bâtiments écologiques et ceux conventionnels révèle un meilleur rendement des bâtiments labellisés en termes de durabilité, sur le plan environnemental, social et économique autant pour les locataires que les investisseurs de ces bâtiments. La figure suivante montre l’impact des caractéristiques des éléments de construction durables sur l’économie durable tiré de l’article de Oyedokun.,2017.

Figure 2 : Impact économique des éléments de construction durables. Tiré de: (Oyedokun.,2017)[7].

Les Green Premium peuvent être supposées comme une nouvelle version de don philanthropique. Bien évidemment le don ici se réfère au coût de surplus que l’on est prêt à payer pour l’environnement. Ainsi ces coûts participent de manière indirecte à protéger l’environnement à travers nos divers achats ou technologies réalisées.

Dans le même ordre d’idée, le concept de green premium se réalise sur des produits et contreparties tangibles que le consommateur pourrait apprécier. Ce qui rend l’acceptation de ces couts facilement chez les individus (Strahilevitz et Myers., 1998)[8].

Une solution qui mitige

Plusieurs études et auteurs dirigent que la prime verte est trop axée sur la technologie ou sur le climat et les risques qu’elle peut amener.

Les gouvernements pourraient également utiliser ces primes pour établir de nouvelle politique[9] rendant les entreprises dans un état stagnant pour l’application de certaines mesures. De même pour une personne ordinaire, la prime verte ne tient pas compte du ‘degré d’information de celle’ sur une alternative verte comme ses moyens financiers à accepter cette prime[10].À cela s’ajoute également la viabilité du modèle dans les autres industries et la manière à laquelle l’appliquer. Il n’y a par exemple par encore assez de normes sur la construction verte ou des certifications, des mesures fiables permettant de mesurer l’attrait du modèle (Oyedokun.,2017)[11].

L’autre problématique de ce nouveau concept est tel qu’il ne peut être accepté que part une petite partie de la population qui dispose des moyens de se le permettre et qui est en mesure d’accepter une transition écologique à deux vitesses. Si c’était le même prix, une plus grande partie de la population adopterait des produits verts. On pense notamment aux personnes démunies ou en situation précaire qui ne peuvent pas se permettre ces frais supplémentaires face à leur condition de vie.

En termes de critique sur le sujet de la prime verte, on ne peut pas dire qu’il en manque. Mais ce sont des critiques constructives qui permettront de faire évaluer cette nouvelle pratique et de pousser la recherche de celle-ci afin d’apercevoir encore plus sa viabilité dans divers secteurs.

Les consommateurs sont-ils prêts à payer pour le Green Premium ?

Crédit Photo de Artem Beliaikin

Plus de la moitié des individus interrogés lors d’un sondage aux États-Unis sur la prime verte ont affirmé qu’ils étaient prêts à payer un montant de 10% en surplus ou même plus cher pour une expédition et un emballage respectueux de l’environnement. 90% ont également déclaré soutenir des expéditions plus respectueuses de l’environnement (selon un récent sondage réalisé par Sifted)[12].

Les résultats de cette analyse expriment bien la volonté des consommateurs d’améliorer les conditions environnementales quant à l’envergure de la situation climatique.

D’autres raisons comme le genre influenceraient la volonté de payer pour des produits verts. En occurrence, les femmes sont plus enclines à dépenser pour des produits écologiques que les hommes (Drozdenko.,2011)[13]. Finalement dans une famille, les principaux rôles décisionnels dans les achats impliquent qui seront prêts à payer selon le produit.

Comme stratégie pour faire accepter la prime verte chez les consommateurs, il ressort de l’étude de Guyader et al., (2017) [14], qu’il faudrait : afficher des informations pertinentes; mettre en avant les produits écologiques à l’intérieur du magasin; afficher des informations claires et des étiquettes de prix de couleur verte pour informer et signaler les produits respectueux de l’environnement aux consommateurs; enfin, éviter les pratiques d’écoblanchiment.

Les consommateurs ne sont pas dupes quant à ce qui concernerait l’application de prime verte aux produits. Pour cela, les entreprises devraient communiquer, être transparentes et montrer leur solidarité philanthropique face à l’environnement et aux causes climatiques. Il n’en demeure pas moins que cela dépende maintenant de la volonté des entreprises et des gouvernements de réaliser des coûts adaptés à des solutions environnementales plus viables pour la communauté.


[1] https://pivot.quebec/2021/12/17/la-croissance-economique-stimule-encore-la-hausse-des-emissions-de-ges-au-quebec/#:~:text=Selon%20le%20dernier%20inventaire%20publi%C3%A9,4%2C2%25%20depuis%202016.

https://www.environnement.gouv.qc.ca/changements/ges/index.htm

[2] https://www.breakthroughenergy.org/our-challenge/the-green-premium

[3] https://fortune.com/2021/02/16/bill-gates-climate-change-research-green-premiums/

[4] https://www.freightwaves.com/news/why-do-green-premiums-exist

[5] https://www.raconteur.net/corporate-social-responsibility/green-premiums-gates/

[6] Oyedokun, T. (2017). Green premium as a driver of green-labelled commercial buildings in the developing countries: Lessons from the UK and US. International Journal of Sustainable Built Environment, 6(2), 723-733. doi: 10.1016/j.ijsbe.2017.12.007

[7] Oyedokun, T. (2017). Green premium as a driver of green-labelled commercial buildings in the developing countries: Lessons from the UK and US. International Journal Of Sustainable Built Environment, 6(2), 723-733. Doi: 10.1016/j.ijsbe.2017.12.007

[8] Strahilevitz, M., & Myers, J. G. (1998). Donations to charity as purchase incentives: How well they work may depend on what you are trying to sell. Journal of consumer research24(4), 434-446.

[9] https://www.raconteur.net/corporate-social-responsibility/green-premiums-gates/

[10] https://www.acrossthegreen.com/what-is-a-green-premium/

[11] Oyedokun, T. (2017). Green premium as a driver of green-labelled commercial buildings in the developing countries: Lessons from the UK and US. International Journal Of Sustainable Built Environment, 6(2), 723-733. Doi: 10.1016/j.ijsbe.2017.12.007

[12] https://www.freightwaves.com/news/why-do-green-premiums-exist

[13] Drozdenko, R., Jensen, M., & Coelho, D. (2011). Pricing of green products: Premiums paid, consumer characteristics and incentives. International Journal of Business, Marketing, and Decision Sciences4(1), 106-116.

[14] Guyader, H., Ottosson, M., & Witell, L. (2017). You can’t buy what you can’t see: Retailer practices to increase the green premium. Journal of Retailing and Consumer Services34, 319-325.

https://www.pexels.com/fr-fr/photo/femme-debout-a-cote-de-fruits-ananas-2292919/

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